Le chapitre précédent se terminait sur une image magnifique. Les premiers chrétiens vendaient leurs biens et déposaient le produit de la vente aux pieds des apôtres. Barnabas, un lévite originaire de Chypre, avait vendu un champ et donné tout l'argent (Actes 4.36-37). Personne ne l'y obligeait. C'était un élan du cœur, un acte libre, porté par l'amour et la communion qui régnaient dans cette jeune Église remplie du Saint-Esprit.
C'est dans ce contexte qu'un couple, Ananias et Saphira, vend aussi une propriété. En apparence, le geste ressemble à celui de Barnabas. Mais le cœur, lui, est complètement différent, parce que Satan a rempli le cœur d'Ananias (Verset 3). D’un commun accord, ils décident de garder une partie du prix pour eux tout en prétendant donner la totalité. Ce n'est pas une simple maladresse, c'est un mensonge calculé et préparé. Et ce n'est pas aux apôtres qu'ils mentent, c'est au Saint-Esprit lui-même. Le jugement de Dieu tombe immédiatement : Ananias s'écroule mort aux pieds de Pierre, et trois heures plus tard, Saphira connaît le même sort. La crainte de Dieu, déjà présente depuis la Pentecôte (Actes 2.43), s'intensifie d'un coup.
Ce chapitre nous place devant une réalité que nous préférerions parfois ignorer. Pourquoi un jugement aussi sévère pour un mensonge ? Parce qu'à travers ce jugement, Dieu pose un principe essentiel dès les premiers jours de l'Église : il prend très au sérieux ce qui se passe à l'intérieur de sa maison. En frappant ainsi, il ravive la crainte de Dieu dans les cœurs. Et c'est cette crainte qui garde la communauté dans la sanctification « sans laquelle personne ne verra le Seigneur » (Hébreux 12.14). C’est exactement ce que Moïse expliquait déjà au peuple d’Israël après la manifestation du Sinaï : « C’est pour vous mettre à l’épreuve que Dieu est venu et c’est pour que vous ayez sa crainte devant les yeux afin de ne pas pécher » (Exode 20.20).
Mais ce chapitre ne s'arrête pas au jugement. Il nous montre aussi que rien ni personne ne peut arrêter ce que Dieu a mis en mouvement. Ni les prisons, ni les tribunaux, ni les coups de fouet. Même un pharisien, Gamaliel, finira par le reconnaître devant le sanhédrin : « Si cette œuvre vient de Dieu, vous ne pourrez pas la détruire » (Verset 39).
Et face à cette opposition, les apôtres ne reculent pas. Quand le sanhédrin leur interdit de parler au nom de Jésus, Pierre répond : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes » (Verset 29). La question que ce chapitre pose à chacun de nous est directe : es-tu prêt à marcher dans la vérité devant Dieu, même quand personne ne regarde ? Et es-tu prêt à obéir à Dieu, même quand tout le monde s'y oppose ?